Premier producteur mondial de cacao, la Côte d'Ivoire importe pourtant encore une large part du riz qu'elle consomme. Ce paradoxe, l'État entend le résoudre en s'appuyant sur les capitaux privés. C'est dans cet esprit que le Ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a reçu, mardi 27 octobre à son cabinet, une délégation de Sinomach Hainan, en présence du Ministre délégué chargé des Productions vivrières, Bernard Kini Comoé. Le groupe chinois, qui vise les filières riz et maïs, envisage d'investir dans la production de semences, la mécanisation agricole et la transformation du riz. Les enjeux sont considérables. Selon des données compilées par Trade Map, citées par Afrive, le pays a importé 1,6 million de tonnes de riz en 2023/2024, pour plus de 722 millions de dollars en 2023. Les autorités visent une production de 3,2 millions de tonnes de riz blanchi d'ici 2030. 

Devant ses hôtes, Bruno Koné a décliné 5 priorités : la souveraineté alimentaire, la compétitivité des filières, le financement agricole, la sécurisation du foncier rural et la durabilité des systèmes de production. Il a salué l'intérêt des investisseurs et les a encouragés à concrétiser rapidement leur projet. Le Ministre agit aussi sur le terrain, en juillet, 2,8 milliards F CFA d'intrants et d'équipements ont été remis à près de 6 000 producteurs du Nord, avec 10 000 tonnes de riz additionnelles attendues. Cette dynamique s'inscrit dans la ligne défendue par le chef de l'État, Alassane Ouattara, qui a réaffirmé à l'OMC, à Genève, la volonté d'abandonner l'exportation de matières premières brutes au profit de la transformation et de la valeur ajoutée. Reste à transformer l'essai. Aucun montant ni calendrier n'a été communiqué à ce stade, et l'enjeu sera de garantir que la mécanisation et les semences profitent aussi aux petits producteurs.

En misant sur Sinomach Hainan, Abidjan envoie un signal clair aux investisseurs, l’agriculture est ouverte aux partenariats stratégiques. Si le projet se concrétise vraiment, il pourrait ainsi réduire la dépendance au riz importé et accélérer la modernisation de la filière ivoirienne, et renforcer durablement la souveraineté alimentaire du pays.