La Côte d'Ivoire franchit un cap décisif dans sa souveraineté numérique. En marge du FEMUA 18, le Festival des musiques urbaines d'Anoumabo à Abidjan, le Ministre Djibril Ouattara a annoncé le développement d'une intelligence artificielle conçue sur mesure pour les Ivoiriens. Loin des outils génériques fabriqués en Occident ou en Asie, le projet ambitionne de bâtir « une IA qui tient compte de la culture ivoirienne, qui prend en compte le patrimoine de la recherche ivoirienne et qui tient compte de tout ce qui est législatif et réglementaire en Côte d'Ivoire » , a déclaré Monsieur le Ministre.
Un outil taillé pour le cacao
Le choix de l'agriculture comme secteur prioritaire n'est pas anodin. Premier producteur mondial de cacao, la Côte d'Ivoire voit dans cette filière un levier stratégique incontournable. Concrètement, l'IA envisagée devra permettre de fournir les rendements agricoles, de détecter les maladies des cultures, d'optimiser les chaînes logistiques et d'améliorer la traçabilité des produits. Le ministre a été explicite : il s'agit de « créer une IA spécifique à l'agriculture, aux produits comme le cacao… quelque chose qu'on ne pourra obtenir nulle part ailleurs qu'en Côte d'Ivoire ».
Un terrain déjà balisé par l'innovation locale
L'annonce gouvernementale s'inscrit dans un écosystème agritech déjà en mouvement. Lancée en 2023, la start-up CocoaShield utilise des drones et des caméras IA pour détecter visuellement le swollen shoot, un virus dévastateur pour les plantations de cacao, permettant aux agriculteurs de réagir en temps réel. Primée à l'Orange Summer Challenge 2023, cette initiative illustre le potentiel technologique local. L'État entend désormais capitaliser sur ces expériences pionnières pour construire une architecture nationale intégrant des données locales, des langues ivoiriennes et un cadre réglementaire propre au pays.
Notons que la concrétisation de ce projet suppose des conditions exigeantes telles que la capacité financière de l'État (estimée à environ un milliard de dollars sur trente ans), la disponibilité des données numériques, la qualité des infrastructures et la formation des compétences locales. Si les promesses se concrétisent, cette IA ivoirienne pourrait dépasser les centres urbains pour transformer directement la vie des millions de petits producteurs ruraux.